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Prévenir la crise : pourquoi l’Union africaine doit investir dans la paix en amont

Date: 6 juillet 2026

Initialement publié le 29 juin, Accord

Lesley Connolly est responsable des politiques et du plaidoyer régionaux chez Nonviolent Peaceforce.

La prévention en amont en Afrique n'a pas encore été mise en œuvre de manière à relier les institutions continentales aux réseaux de base.

Les 1er et 2 août 2026, les chefs d'État se réuniront à Luanda, en Angola, pour une réunion. Sommet extraordinaire de l'Union africaine (UA) sur le renforcement des mécanismes de prévention et de résolution des conflits en Afrique. Cette réunion constitue en elle-même un signal – une reconnaissance formelle par les dirigeants africains du fait que l'architecture de paix et de sécurité du continent n'a pas permis d'atteindre le niveau de prévention dont l'Afrique a un besoin urgent. Comme l'a récemment souligné El Ghassim Wane dans son exposé au Conseil de paix et de sécurité (CPS), sur le continent…‘Nous assistons à la persistance – et dans certains cas à l’escalade – des conflits et des tensions à travers l’Afrique.’ Les opérations de soutien à la paix sont déployées après le début des déplacements de population. Les cessez-le-feu sont négociés après que des civils ont été tués. Les cadres de justice transitionnelle sont conçus après l'effondrement des institutions. Architecture de paix et de sécurité de l'UA L’APSA est sophistiquée et de plus en plus performante, mais elle reste disproportionnellement orientée vers la gestion des crises plutôt que vers leur prévention.

Cela n’est toutefois pas dû à un manque d’ambition. L’argument normatif mondial en faveur de stratégies de prévention menées au niveau national est plus convaincant que jamais, notamment grâce à… Résolutions jumelles de 2016 pour le maintien de la paix et Objectif de développement durable 16.1, la Résolutions de l'examen de l'architecture de consolidation de la paix des Nations Unies (ONU) de 2025,et le Secrétaire général de l'ONU Nouvel agenda pour la paix et Pacte pour l'avenir. À l’échelle continentale, cette même orientation se retrouve dans les instruments fondateurs de l’APSA : ceux de l’UA Protocoles de paix et de sécuritéSystème continental d'alerte précoce, Le panel des sages, architecture de médiationProgramme « Faire taire les armes » et Agenda 2063

Cependant, une vision sans investissement structurel dans prévention en amont Le travail social, politique et communautaire visant à prévenir les conflits avant que la violence ne s'installe maintient le continent dans un état de rattrapage permanent. La prévention en amont n'est pas un concept nouveau, mais dans le contexte africain, elle reste à mettre en œuvre de manière à relier les institutions continentales aux réseaux de base qui réalisent le travail de prévention le plus déterminant pour atténuer les facteurs de risque. réduire la probabilité d'escalade ou de déclenchement de violence.

Prévention en aval vs prévention en amont : la différence est importante

prévention en aval La gestion de crise, la médiation et le maintien de la paix sont largement pilotés de l'extérieur et interviennent une fois le conflit organisé et visible. La prévention en amont intervient plus tôt : sur les griefs politiques, les structures de gouvernance exclusives, les tensions intercommunautaires et la concurrence pour les ressources qui, si elles ne sont pas prises en compte, constituent le terreau de la guerre. 

La prévention en amont est, par La nature, à l'échelle locale et nationale. Cela se produit dans l'espace entre une sécheresse et un affrontement ethnique, entre une élection contestée et la formation d'une milice, entre une famille déplacée et la communauté qui l'accueille. Cela exige une présence, la confiance et des relations durables, difficiles à instaurer à grande échelle et souvent absentes chez les institutions multinationales. Ces dernières devraient reconnaître, soutenir et protéger les acteurs qui entretiennent déjà ces relations et collaborer avec eux. 

À travers le continent, des réseaux de protection communautaires, des comités locaux pour la paix, des coalitions de femmes, des conseils religieux et des organisations de la société civile font chaque jour un travail de prévention en amont, Souvent dans les environnements les plus fragiles et les plus conflictuels, ce travail identifie les facteurs de risque et de protection aux niveaux communautaire et individuel.

Sur tout le continent, des réseaux de protection communautaires, des comités locaux pour la paix, des coalitions de femmes, des conseils religieux et des organisations de la société civile mènent chaque jour un travail de prévention en amont, souvent dans les environnements les plus fragiles et les plus contestés.

Soudan : à quoi ressemble la prévention en amont sous le feu 

Au Darfour et au Kordofan du Sud, les organisations communautaires ont maintenu une présence protectrice dans les zones de conflit actives, malgré les phases successives de déplacement et d'escalade. Les systèmes d'alerte précoce communautaires, fondés sur des indicateurs locaux tels que la faim utilisée comme arme de conflit, les coupures d'internet et les restrictions de déplacement, ont joué un rôle déterminant. déplacement massif de civils hors d'El Fasher avant sa chute prévue mi-2025. Il s'agit d'une prévention en amont des plus immédiates ; ne pas attendre que les armes fassent feu, mais décrypter les signes avant-coureurs.

Lorsque les bombardements ont commencé au camp de Zamzam en avril 2025, réseaux de protection des femmes Ils n'ont pas attendu d'instructions extérieures. Ils ont creusé des tranchées, coordonné l'évacuation des enfants et des personnes âgées et organisé un périple de trois jours à pied jusqu'à Tawila. La plupart étaient des veuves et des chefs de famille, qui se déplaçaient sans aide extérieure. À leur arrivée, mêmes réseaux se sont rassemblés Ils ont séparé les enfants, les ont réunis avec leurs familles, tandis que certains membres sont retournés à El Fasher pour avertir et aider ceux qui étaient restés.

Dans les camps de déplacés de Tawila, Équipes de protection communautaire (EPC) Ces réseaux, majoritairement composés de femmes et de jeunes gens ancrés dans les communautés qu'ils servent, accueillent les personnes déplacées, leur apportent un soutien psychosocial, facilitent l'orientation vers les services de protection de l'enfance et contribuent activement au renforcement du lien social dans un contexte de déplacement forcé. Lorsqu'une série d'incendies s'est déclarée dans des habitations, provoqués par des familles cuisinant à l'extérieur sur des feux de bois, ces mêmes réseaux de femmes ont organisé des forums de sécurité communautaire, des campagnes de sensibilisation à la cuisson sans risque, aidé les familles sinistrées à reconstruire leurs logements et documenté les cas d'exploitation sexuelle aux points de distribution de l'aide humanitaire. Les Comités populaires de réconciliation (CPR) mènent une diplomatie de navette de part et d'autre des lignes de conflit, s'efforçant d'apaiser les tensions persistantes entre les communautés du Kordofan du Sud.

Rien de tout cela n'est reconnu dans aucun cadre de l'Union africaine ou régional. Les indicateurs d'alerte précoce qui ont permis le déplacement des civils avant la chute d'El Fasher n'ont été intégrés à aucune analyse continentale ni à aucun mécanisme de réponse. Les groupes armés communistes n'ont reçu ni ressources ni protection de la part des institutions continentales, tandis que les forces de résistance chinoises menant une diplomatie de cessez-le-feu locale restent invisibles pour l'APSA.

Le fossé dans l'architecture continentale

L'argument ici n'est pas que l'Union africaine doive adopter de nouvelles politiques. L'architecture existe déjà. Ce qui manque, c'est le lien entre les institutions continentales et les acteurs locaux qui mènent un travail de prévention sur le terrain. Le cadre dominant pour penser le travail de prévention de l'Union africaine reste celui de la diplomatie de haut niveau, de l'observation électorale et de la médiation institutionnelle. Ce travail est important, mais insuffisamment connecté aux communautés qui subissent le coût du conflit. Il est essentiel de créer des liens entre les processus de prévention en aval (médiation de haut niveau, engagement opérationnel, diplomatie préventive à court terme, outils formels et mécanismes de réponse) et la prévention en amont. Ce faisant, le continent serait en mesure de mieux répondre afin de réduire et d'atténuer les facteurs de risque, renforçant ainsi son engagement en matière de prévention des conflits.   

Pour faire avancer les choses, trois recommandations pourraient être mises en œuvre : 

Premièrement, le continental et régional systèmes d'alerte précoce Il est nécessaire de devenir participatif. Les réseaux communautaires génèrent des informations en temps réel, ancrées dans le contexte local, telles que des indicateurs de protection, des schémas de déplacement et des signes de tensions intercommunautaires. Système d'alerte précoce continental a été conçu pour agréger les données et fournir une alerte stratégique au PSC, Toutefois, sa capacité à atteindre les réseaux d'information locaux demeure limitée. Formaliser les voies de transmission de cette information afin de l'intégrer à l'analyse continentale permettrait d'améliorer à la fois la qualité des alertes et la rapidité de la réaction.

Deuxièmement, les acteurs de la protection communautaire doivent être considérés comme des partenaires légitimes, et non comme des bénéficiaires périphériques. Les équipes de protection communautaire établies à Tawila effectuent actuellement un travail de protection que les forces de sécurité officielles au Soudan ne sont pas en mesure d'assurer. La boîte à outils complète de prévention de l'UA – Présidente de la CommissionLe panel des sages, ‘Cadre Communiques’mécanismes ad hoc de haut niveau et groupes de contact internationaux – ne peut fonctionner indépendamment des réseaux de base qui absorbent les conséquences du conflit. Faire taire les armes ne progressera pas si l’on considère ces réseaux comme des éléments accessoires.

Troisièmement, les discussions sur le financement de l'UA doivent davantage se concentrer sur la prévention en amont. Opérations de maintien de la paix sont chers et L’Union africaine ne peut à elle seule financer intégralement ces initiatives. Les nouveaux instruments de financement pour la prévention des conflits devraient prévoir des volets dédiés à l’analyse des risques et aux interventions au niveau communautaire. Comme l’a observé un membre du réseau de protection communautaire de Tawila : ‘ La formation est durable, contrairement à l’aide extérieure. Cette dernière peut finir par disparaître, mais ce que nous construisons au sein de nos communautés perdure. ’ C’est le cas des investissements dans la prévention en amont. 

Ce qui manque, c'est le lien entre les institutions continentales et les acteurs communautaires qui mènent des actions de prévention à la base..

L’épreuve pour Luanda : un continent qui prévient, et pas seulement qui réagit

Faire taire les armes qui font déjà feu est une voie coûteuse et douloureuse pour parvenir à la paix. Les réseaux qui, en premier lieu, empêchent que ces armes ne soient retirées du feu – les anciens des communautés négociant les conflits liés aux vols de bétail, les groupes de femmes signalant les schémas de recrutement, les équipes de protection civile maintenant une présence là où l'État est absent – œuvrent à la désescalade et à la prévention de nouvelles violences. Ces réseaux accomplissent ce travail dans des conditions de ressources extrêmement limitées, en l'absence de l'État, sans protection formelle et déconnectés des institutions continentales. 

Alors que les chefs d'État se réunissent à Luanda, ils doivent réfléchir à la manière de répondre à la multitude de dynamiques conflictuelles qui traversent le continent. Un résultat concret consisterait à relier les actions de prévention menées en amont, au niveau communautaire, à l'architecture existante à l'échelle continentale. Cela exige de prendre au sérieux les réalités du terrain et de considérer les personnes qui les mettent en œuvre comme des partenaires stratégiques, et non comme un simple maillon de la chaîne de gestion des escalades.

Vous pouvez protéger les civils qui vivent ou fuient un conflit violent. Votre contribution transformera la réponse mondiale aux conflits.
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